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64E
SESSION ORDINAIRE DE L’ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES
DEBAT
GENERAL
DISCOURS
DE
SEM.
JEAN-MARIE EHOUZOU,
MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE L’INTEGRATION AFRICAINE,
DE LA
FRANCOPHONIE ET DES BENINOIS DE L’EXTERIEUR
NEW
YORK, LE 25 SEPTEMBRE 2009
Monsieur
le Président,
Je
voudrais d’entrée vous dire combien je suis heureux de vous
voir remplir si brillamment la haute charge de la présidence
de l’Assemblée Générale pour le compte de l’Afrique. Je vous
adresse mes chaleureuses félicitations et vous souhaite
plein succès à ce poste. Je saisis cette occasion pour
rendre hommage au Secrétaire Général des Nations Unies, Son
Excellence Monsieur BAN Ki-moon, pour l’engagement fervent
dont il fait preuve.
Le chemin
tracé par les pères fondateurs des Nations Unies pour la
réalisation de ses objectifs est celui du dialogue et du
multilatéralisme. L’Organisation des Nations Unies a été
instituée pour fédérer les énergies de la communauté
internationale à cette fin.
Voici
bientôt sept décennies que nous y sommes attelés. Où en
sommes nous aujourd’hui ? Des fractures douloureuses
handicapent l’humanité et menacent de réduire
considérablement notre capacité d’action commune. Les crises
multiformes qui ont secoué l’économie internationale ont été
causées par l’accélération de sa globalisation, en l’absence
d’une gouvernance mondiale concertée. Ces crises frappent de
pleins fouets les plus vulnérables. Bien plus, elles
exposent la planète à de graves périls dont les symptômes se
manifestent de manière incontestable.
Nous
devrions nous rendre à l’évidence. Le temps des supputations
est passé. Venu le temps de l’anticipation proactive puisque
nous connaissons maintenant le coût de l’indifférence, de
l’inertie et de la passivité. Il nous faut restaurer la
capacité de l’Organisation des Nations Unies à remplir sa
vocation quant à la recherche des solutions aux problèmes
globaux de l’humanité. Par le dialogue des civilisations,
nous devrons concilier les particularités liées à la
diversité de nos patrimoines culturels avec les normes
universelles qui découlent de l’intangibilité de la dignité
humaine.
Le
dialogue des civilisations est sans nul doute une condition
essentielle pour le renforcement du multilatéralisme. Par ce
biais, nous pourrions revenir aux valeurs fondamentales que
sont : le respect de la vie et de la nature, la conscience
de notre communauté de destin, la recherche de l’avantage
réciproque et le sens de la pérennité, du partage, le
respect de nos responsabilités envers les générations
futures. Si nous voulons inverser les tendances et les
perspectives peu reluisantes que les scientifiques nous
dépeignent, il nous faut conclure une alliance nouvelle
entre l’homme et la nature, un nouveau pacte de mutualité.
C’est ainsi que nous pourrons reprendre le contrôle des
phénomènes naturels et anthropogéniques qui affectent notre
existence sur la terre. Le Sommet de Copenhague, en décembre
prochain est une occasion exceptionnelle à ne pas manquer.
Monsieur
le Président,
Avant
tout, nous devrons créer les conditions pour assurer une
contribution responsable de tous à la pleine réalisation des
potentialités du genre humain. Pour cela, il nous faut
éliminer toutes les entraves à son épanouissement. L’Etat et
la puissance publique ont un rôle crucial à y jouer. Ils
doivent s’engager partout aux côtés des partenaires sociaux
mobilisés au service de la liberté et du progrès.
La
Commission indépendante sur la démarginalisation des pauvres
par le droit nous a démontré les vertus de l’élimination
progressive des pratiques anciennes attentatoires à
l’intégrité de la personne humaine, tant dans son être que
dans son statut juridique et social. C’est une condition
essentielle de la garantie de l’accès responsable de tous
aux bienfaits de la modernité et à la prospérité partagée.
C’est pourquoi nous nous sommes engagés à organiser la
Conférence régionale de restitution des grandes
recommandations de la Commission Indépendante
En
attendant, mon Pays a déclaré une lutte résolue contre les
mutilations génitales féminines au moyen d’une campagne de
sensibilisation de proximité, de la reconversion des
exciseuses et de l’exécution vigilante d’une législation
sans équivoque confortée par un nouveau code de la famille
qui établit l’égalité en droit de l’homme et de la femme.
C’est
aussi pour cela que le Bénin a œuvré à la proclamation de
l’année 2009, Année Internationale de l’Apprentissage des
Droits de l’homme. Cette Année a pour objectif majeur de
promouvoir la nécessaire reconversion des mentalités aux
fins d’assurer la convergence de l’humanité vers une
adhésion pleine et entière aux valeurs universelles
consacrées par la Charte des Nations Unies.
Il est
nécessaire que l’Organisation des Nations Unies soit plus
efficace dans l’accompagnement des politiques nationales
pour la réalisation des normes internationales. Le
Gouvernement Béninois a décidé de confier la
rationalisation de ses efforts en faveur de la femme à un
Institut de la Femme de création récente. Pour cela, nous
accueillons avec une grande satisfaction la mise en place et
l’opérationnalisation prochaine d’une entité unique au sein
du système des Nations Unies pour la promotion du genre.
Elle permettra d’assurer la cohérence et l’efficience de
l’appui du Système aux efforts des Etats Membres.
Monsieur
le Président,
Dans le
cadre de la marche résolue de l’Afrique vers sa renaissance,
le Gouvernement Béninois a adopté des orientations
stratégiques axées sur l’élimination de la pauvreté et la
relance de la croissance économique pour faire du Bénin un
Pays émergent à l’horizon 2025. Les défis à relever sont
énormes puisque près d’un tiers de la population du Bénin
vit actuellement en dessous du seuil de pauvreté, dans un
pays exposé aux risques de catastrophes naturelles et où les
conséquences de la crise financière muée en récession
économique s fait ressentir.
Les
mesures mises en œuvre en particulier par le Gouvernement du
Dr. Boni YAYI, en place depuis avril 2006 grâce au respect
scrupuleux de notre Constitution, marquent notre
détermination à aller de l’avant. Les performances
économiques enregistrées en 2006 et 2007 ont prouvé la
justesse de nos choix stratégiques. Ces mesures incluent la
promotion de la microfinance comme moyen efficace de lutte
contre la pauvreté et l’exclusion sociale par l’octroi de
micro - crédits aux plus pauvres, surtout aux femmes qui
constituent le pilier le plus important de la société mais
économiquement faible, la promotion de l’entrepreneuriat et
de l’emploi des jeunes, le lancement de multiples programmes
de formation en vue de l’insertion des jeunes dans le tissu
économique national.
Il y a
aussi la mécanisation de l’agriculture, la promotion de
l’éducation par la proclamation de la gratuité de
l’enseignement primaire rendu obligatoire et la gratuité de
la césarienne qui est une meilleure approche de la santé de
la reproduction. Ce sont là autant de mesures sociales mises
en œuvre en même temps que l’initiation de grands travaux
d’infrastructures.
Mais, la
persistance de la récession et l’aggravation des
conséquences néfastes des changements climatiques risquent
d’hypothéquer gravement les avancées considérables réalisées
dans la mise en œuvre de ce projet national d’importance
cardinale. Il y a un an à peine, le Fonds monétaire
international (FMI) prévoyait que le Produit Intérieur Brut
(PIB) des pays de l’Afrique subsaharienne augmenterait de
6,7 % en moyenne en 2009.
Ces
prévisions ont été quelques mois plus tard révisées à la
baisse, passant à 5,1 % puis à 3,5 % et en mars dernier à
3,25 %. Rien ne garantit que ce taux de croissance ne
tombera davantage. Cette baisse du taux de croissance nous
expose à des risques accrus de graves difficultés
budgétaires.
Il nous
faut préserver la dynamique de progrès malgré les chocs
externes fort éprouvants que nous imposent les crises
successives de l’économie mondiale en pleine récession. Nous
faisons un effort considérable pour la mobilisation des
ressources internes. Nous nous félicitons des bonnes
dispositions prises par les Nations Unies pour mobiliser des
ressources additionnelles auprès des partenaires au
développement en faveur des pays pilotes pour la réalisation
des objectifs du Millénaire pour le développement dont le
Bénin, dans le cadre de l’application des engagements pris
par le G-8 à Glenneagles, de la Déclaration du Millénaire,
la Déclaration de Bruxelles en faveur des Pays les Moins
Avancés en 2001, et les discours que nous avons
chaleureusement accueillis par des applaudissements nourris
lors du Sommet sur les changements climatiques tenu ici à
l’initiative du Secrétaire Général des Nations Unies.
Monsieur
le Président,
Les
conséquences des changements climatiques compliquent
considérablement la donne. Le Bénin fait partie des pays les
plus vulnérables, et partant les moins outillés pour y faire
face. Outre les pluies diluviennes qui se concentrent sur
quelques semaines et l’érosion côtière principalement liées
à la montée du niveau des océans, déjà observées au Bénin et
dans les pays voisins, les sécheresses prolongées et
récurrentes, d’autres types de catastrophes naturelles
frappent nos populations.
Les
scientifiques prévoient, entre autres, l’immersion des zones
côtières de l’Afrique de l’Ouest du fait de la montée du
niveau de l’Océan Atlantique alors que les pays nordiques
ont gagné des terres sur les mers. Aidez nous à acquérir les
technologies et les moyens requis pour combattre ce nouveau
fléau qu’est l’érosion côtière, car nous ne pouvons pas
nous permettre d’observer cette catastrophe se produire sans
rien faire.
Pour
contrer l’érosion côtière en progression, absorbant nos
villes et campagnes sur le littoral, de grands travaux
d’infrastructures sont indispensables, L’action à engager ne
peut être efficace que si elle est entreprise à l’échelle de
toute la sous-région pour assurer la protection de toute la
Côte Ouest - africaine en un bloc. Pour cela, il nous faut
mobiliser des ressources colossales. Pourquoi
n’envisagerions nous pas la création d’un fonds multilatéral
d’investissement pour financer sous l’égide des Nations
Unies et de l’Union Africaine les grands travaux
d’aménagement nécessaires ?
Il nous
faut une Organisation des Nations Unies capable de
coordonner la réponse à de tels grands défis de
développement, une Organisation des Nations Unies capable
de lever les ressources nécessaires pour répondre aux
besoins de financement et de superviser les transferts de
ressources à opérer par la Communauté internationale en
faveur des pays vulnérables.
Il nous
faut une Organisation des Nations Unies ayant l’autorité
morale requise pour engager les pays nantis en faveur d’une
réforme en profondeur de l’architecture et de la gouvernance
de la globalisation économique et financière en vue
d’améliorer la capacité du système financier international à
promouvoir un développement équilibré de toutes les régions
du globe. Les initiatives du G-20 en la matière sont
louables mais elles doivent se poursuivre pour assurer une
réforme en profondeur du système économique international,
une réforme qui permette d’intégrer tous les pays au cercle
vertueux de la croissance économique et du développement
durable.
Il nous
faut une Organisation des Nations Unies capable d’amener les
pays émergents à assumer pleinement les engagements
internationaux liés à leur nouveau statut et à utiliser
leurs atouts pour promouvoir la coopération Sud-Sud et la
coopération triangulaire, pour faire progresser la
réalisation des objectifs du millénaire pour le
Développement et pour une meilleure adaptation aux
changements climatiques.
Si nous
sommes convaincus que l’autre nom de la paix est le
développement et que la paix et le développement sont
indispensables pour notre survie sur la terre, nous devons
trouver les moyens de promouvoir la paix par et pour le
développement.
Il nous
faut une Organisation des Nations Unies capable d’assurer
une prévention efficace des conflits armés, s’il le faut par
le lancement de Missions de Paix robustes, ou de Missions de
développement pour la conduite d’Opérations de stabilisation
économique et d’élimination de l’extrême pauvreté. Il nous
faut une Organisation des Nations Unies qui tire pleinement
parti des possibilités de coopération avec les Organisations
régionales. A cet égard, le Bénin appelle à une mise en
œuvre conséquente des propositions du rapport PRODI sur la
Coopération entre les Nations Unies et l’Union Africaine sur
les modalités d’appui des Opérations de maintien de la paix
de l’Union Africaine.
Il nous
faut une Organisation des Nations Unies disposant de
capacités renforcées de contribution au règlement pacifique
des différends, entre autres, par la médiation ou par la
promotion du règlement judiciaire.
Nous
voulons une Organisation des Nations Unies capable de se
hisser à la hauteur des défis que comportent le règlement
définitif de la question palestinienne, la promotion du
Désarmement et de la non prolifération des Armes de
Destruction Massive, la promotion de l’Etat de droit au plan
national et international, la promotion du Commerce
équitable, la lutte contre le terrorisme et le crime
transnational organisé, l’exercice de la responsabilité de
protéger, la lutte contre l’impunité par le renforcement de
la justice internationale, la protection des civils, en
particulier, celle des enfants, des femmes et des personnes
âgées, dans les situations de conflits armés, etc..
La réforme
de l’Organisation doit être poursuivie sans désemparer pour
renforcer son efficacité, sa légitimité et sa crédibilité.
La réforme du Conseil de Sécurité par son élargissement dans
les deux catégories de Membres est, entre autres, une
exigence incontournable de l’heure, comme le Président de
l’Union Africaine l’a affirmé du haut de cette auguste
tribune, il y a quelques jours.

Le moment
est venu pour donner à tous les peuples de la terre la place
qui leur est due au Concert des Nations libres et prospères.
Le Bénin est prêt à coopérer sans réserve pour trouver les
formules les plus appropriées en vue de réparer les
injustices d’un passé révolu et pour établir un nouvel ordre
mondial. Un tel ordre devra permettre à l’humanité de
façonner notre destin commun dans notre maison commune, la
planète terre. Nous avons envers elle des devoirs sacrés,
entre autres, celui de nous y comporter de manière à
préserver son hospitalité pour les générations présentes et
futures.
Oui, il
nous faut une Organisation des Nations Unies plus juste et
plus apte à répondre aux urgences de l’heure et aux
aspirations des peuples les plus vulnérables de la terre.
Je vous
remercie.
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